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Julie parle...
Les commentaires de Pierre sont en bleu.
N'hésitez pas à cliquer sur les images pour les voir
en grand...
Je voudrais commencer
par remercier Annick, Danielle et Lucette, les trois sage-femmes que nous
avons rencontré et qui, chacune à leur façon, nous
ont permis d'aller à la rencontre d'Ulysse et de mener à
bien cette magnifique aventure.
Ouaip, merci!
Avant de commencer ce
récit, je voudrais aussi préciser à toutes les femmes
qui ont accouché à l'hopital, avec ou sans péridurale,
avec ou sans assistance médicale, que je les respecte infiniment.
Il s'agit ici du récit de NOTRE aventure, telle que nous l'avons
souhaitée et réalisée et si ma position par rapport
à certains actes médicaux est assez tranchée, elle n'est
en rien jugeante.
Je ne saurais pas dire
si toute cette histoire a commencé il y a bien longtemps, lors
de la naissance d'une petite Manon, aperçue alors qu'elle avait à
peine une heure, couchée au milieu du lit de ses parents, alors
que toute la famille déjeunait joyeusement en bas ou si elle a commencé
lors de vacances à la mer en amoureux en décembre 2001...
Toujours est-il que
notre bébé était attendu pour la fin du mois de septembre
2002.
Dernière visite
chez la sage-femme le mercredi 4. Diagnostic : tout va bien, le col
est mi-long et ouvert à 1 doigt et demi, on reprend rendez-vous
pour le 19 septembre.
Le jeudi 5 après-midi
: je me ballade à Namur, je fais les magasins avec une amie,
j'en profite pour acheter ce fameux vaporisateur d'eau, des compresses
d'allaitement, ... Vers 16h30, je veux encore passer voir pour un soutien
d'allaitement et une robe de nuit mais tant pis, ce sera pour un autre
jour car je suis claquée. Avant-dernier rendez-vous pour la séance
de préparation affective à la naissance consacrée
au travail : on voit les différents scénarios du déclenchement
du travail, on passe en revue les différentes positions à
prendre pendant le travail, on examine les planches couleur qui montrent
ce qui se passe exactement au niveau physiologique, etc etc. On rentre
à la maison, souper léger puis à 21h30, je monte prendre
un bain avant de me coucher, je suis crevée d'avoir été
« berouler » à Namur toute l'après-midi.
Pierre est fatigué, il se couche aussi !
A 21h30, jamais aussi bien fait de me coucher tôt!
00h42 indique le radio
réveil... je viens de me réveiller en sursaut avec l'impression
que j'allais faire pipi au lit... en un quart de seconde, je bondis hors
du lit en pensant à nos nouveaux matelas (on a un tout nouveau lit
depuis 15 jours à peine....).. arrivée dans le couloir, c'est
l'inondation.... J'arrive à la toilette en me disant que quand
même avec tous ces exercices de musculation du périné,
c'est un comble si je deviens incontinente... mais le pire est que ça
continue à couler... quand soudain, tilt.. les paroles de la sage-femme
me reviennent en mémoire : « Mais non, si ca coule,
vous n'êtes pas devenue incontinente, c'est la poche des eaux qui
est rompue ». Je ressens à la fois une certaine angoisse
(mais c'est beaucoup trop tôt, non, pas déjà, je ne
me sens pas prête) et en même temps une excitation grandissante
(ca y est, Ulysse va arriver !).
Maintenant, il faut
réveiller Pierre... J'arrive à la porte de la chambre,
j'ose pas trop entrer, il y a du linge partout et je continue à
inonder et puis j'ose pas grimper sur le lit.... et je suis toujours partagée
entre cette angoisse et cette excitation... « Pierre, Pierre...
tu te réveilles? » (il avoue plus tard avoir pensé
que si je le réveillais pour écraser une araignée
... ben oui, c'est la période ou elles rentrent et je les aime pas
du tout.... ) « Je crois que j'ai perdu les eaux ».
Là, je vois Pierre s'asseoir sur le lit plus vite que je ne l'ai
jamais vu .... je ne sais pas très bien ce qu'il pense mais j'ai l'impression
de voir son cerveau se rebrancher et les mêmes sentiments apparaître
chez lui..; angoisse et excitation....
J'ai vraiment pensé à une araignée et je me
suis dit « si c'est pour ça, ça va aller mal! »,
puis ensuite « la poche des eaux!!! Et rien n'est prêt
... Galère!! »
Je téléphone
à la sage-femme. Comme j'ai pas encore de contractions, elle
me dit de venir à notre aise, que nous avons le temps. Heureusement
! Car ma valise n'est pas faite... alors douche pour Pierre, pendant que
je fourre tout ce à quoi je pense dans la valise (merci Giovanna
pour tous les vêtements de BB que tu m'as passé et qui étaient
lessivés....) : un TS et un short pour Pierre, une robe de nuit
et un pyjama pour moi, des vêtements de BB, des bougies, un livre
et des tas de broles qui ne nous serviront pas !
Je fais aussi couler
un thermos de café
(vachement utile le thermos!) et je prépare
un box avec un peu de nourriture : fruits, bonbons, crème soja,
.... Je pense au cosi pour ramener Ulysse, à l'appareil photo (heureusement,
j'avais déjà acheté des films....), on embarque
tout ça dans la voiture. Pierre est tout stressé et a
peur de prendre le volant... alors, je protège le siège conducteur,
je m'installe et on est parti ! Malheureusement, dans l'excitation générale,
les chats sont sortis pendant qu'on chargeait la voiture et Bono va
en profiter pour disparaître (comme dit Luc, un chat, ça ne
meurt pas, ça disparaît).
Cela me fait du bien
de conduire... je retrouve les gestes habituels, cela me permet de passer
mon stress et puis à 2h00 du matin, il n'y a pas grand-monde sur
les routes de campagne ! Dans la voiture, on cause de tout et de rien,
d'Ulysse, de l'accouchement, de nos attentes, nos peurs, nos envies.
On arrive à la
Maison de Naissance vers 3h00, assez relax.
Lucette nous attendait,
elle m'examine, le col est ouvert à 2 doigts. Comme je n'ai
toujours pas de contractions, rien ne presse et on s'installe pour la
nuit (ou ce qu'il en reste...). La fatigue aidant, on s'endort à
moitié jusqu'au matin. Lucette revient m'examiner... aucun changement
! Pas étonnant puisque je n'ai toujours pas de contractions (un
serrement de ventre de temps à autre mais c'est tout).
La journée se
passe. L'angoisse monte, on est là, à attendre que les
contractions se déclenchent. Pierre va faire un tour au Carrefour
du coin, prend des trucs de mots croisés, de quoi dessiner et des
appareils photos jettables (son appareil n'a pas de flash et à l'intérieur,
c'est pas gagné !). On fait une petite sieste, on marche un peu dans
le jardin, bref, on attend, on attend, on attend.
On a quand même fait quelques belles photos sans flash grâce
à un film 400 asa (cfr. La galerie et les photos noir et blanc
sur cette page).
21h00, Lucette revient m'examiner, on écoute le coeur d'Ulysse
: un galop de cheval, tout va bien ! Le col est ouvert à 3 cm.
Si le lendemain matin, les contractions ne sont toujours pas là,
il faudra intervenir et mettre une perfusion. Lucette nous conseille de
dormir et de bien se reposer en vue du
lendemain.
On se retrouve tous
les deux Pierre et moi. Je craque un peu. J'ai peur... peur que les
contractions ne se déclenchent pas, peur qu'elles se déclenchent,
peur que le bb souffre. Toute cette journée d'attente a été
très stressante, en plus comme je continuais à perdre du
liquide amniotique à chaque mouvement, impossible d'aller faire
un tour.... Finalement, je prends un bain et puis on se couche. Avant
de m'endormir, je parle à Ulysse. On ne l'attendait pas si tôt,
c'est vrai, mais maintenant, on a très envie qu'il arrive, on a
envie de le rencontrer, de faire sa connaissance, on l'attend impatiamment
!
Vers minuit et demi,
une heure du matin, je ne sais plus exactement, je me réveille
: des crampes dans le ventre... je réveille Pierre, je lui file ma
montre, il vérifie... et non, ce ne sont pas des crampes, ce sont
des contractions... youpie, enfin !!!! Finalement, Pierre replie son lit
et on s'installe : petites bougies pour l'ambiance, musique (on avait pris
un peu de tout et finalement on écoutera Chopin, Gershwin et un CD
de Lucette avec des bruits de la mer). Les contractions sont plus ou moins
régulières et si l'intensité va croissante, elles sont
encore largement gérables.... à chaque contraction qui s'annonce,
je me précipite au pied du lit, j'aggrippe le montant et je me projette
dans les barres du lit. Je prends Ulysse avec moi et je saute dans la contraction,
je me concentre sur le col et je lui demande de s'ouvrir... je vois les pétales
d'une fleur qui s'ouvrent ou bien j'imagine la tête d'Ulysse qui essaye
de passer....
Pierre note la durée
de chaque contraction ainsi que l'heure. Le temps passe, je me sens
bien, je me sens forte.... Plusieurs fois, on hésite à
prévenir Lucette... et puis finalement, comme je sens que tout
va bien, on décide de continuer à deux...; cette intimité
nous convient... Pierre est (un peu) stressé. Je le sens mais
je suppose que c'est l'angoisse de la naissance qui approche. Ce n'est
que le lendemain matin qu'il avouera avoir stressé comme un fou
à l'idée des « risques » courus à
cause de la poche rompue , et ce n'est que le lendemain matin, en posant
la question çà Lucette qu'il sera rassuré !
Pour passer son stress,
il fait 45 pompes d'affilée ... dommage, la photo est ratée
!
Ouaip, dommage, on me croira pas maintenant... ;-)
On est bien tous les
deux, ou peut-être devrais-je déjà dire tous les
trois? Pierre m'encourage, sa présence est rassurante même
si pour le moment, je suis encore assez zen. Je respire calmement pendant
les contractions, tout en continuant à me projetter. J'ai mal
dans le dos alors je m'installe à califourchon sur une chaise et
j'ai droit à un super massage...
Le matin se rapproche,
on voit poindre l'aube tout doucement et le ciel se colore avec le soleil
qui se lève... Pierre prend un bain (clic clac merci Kodak mais
la photo n'est pas consultable sur le site ;-).
C'est quand même normal, cette photo a été prise
contre ma volonté, à l'insu de mon plein gré!!!
Les contractions
commencent à se faire plus intenses et je m'installe sur le ballon,
je me berce au rythme des valses de Chopin....
Vers 7h-15, Lucette
arrive. Elle est toute étonnée de nous voir en plein
travail... inquiète à l'idée de devoir mettre une
perfusion, elle s'est levée plusieurs fois pendant la nuit mais
n'a pas vu de lumière (les bougies n'éclairant pas assez
pour passer à travers les tentures) et en a conclu que nous dormions....
elle m'examine, le col est ouvert à 5 et demi, presque 6. Waouw...
et je suis arrivée jusque là seule avec Ulysse.. ça
regonfle mon courage, je me sens de nouveau pleine d'énergie et de
force... on va y arriver, le moment de la rencontre que nous attendons depuis
si longtemps se rapproche !
Anna nous apporte le
déjeuner... pain au chocolat et pistolet... Pierre me les tartine
car depuis que Lucette m'a examiné, les contractions sont d'une
régularité suisse, à croire que j'ai avalé
un réveil;-) : toutes les 4 minutes exactement !
Vers 9h00, Pierre s'installe
sur la chaise derrière moi et m'accompagne pendant les contractions.
J'ai besoin de lui.. il m'aide à me projetter dans la mer, dans
le ciel, dans le bleu. Je le préviens quand la contraction arrive,
je ferme les yeux, je prends Ulysse avec moi et je me laisse emporter loin,
loin, loin. Il me parle tout bas à l'oreille, je sens sa présence,
je suis en contact avec lui par le dos et les mains.
Sans lui, je me serais
laissée dépasser par la douleur mais içi, je ne ressens
pas les contractions comme une douleur mais comme un effort, tout mon corps
se tend vers l'effort à faire pour que le col s'ouvre. Je me sens
toujours aussi forte, je m'étonne moi-même, je suis calme
et sereine.
A un moment, Pierre
boit une tasse de café et là, c'est la panique... j'ai peur
qu'il n'ait pas fini à temps pour la contraction suivante, je
surveille le niveau dans la tasse et je redoute la contraction.. ouf,
il repose la tasse au moment précis ou elle arrive. Il paraît
(mais est-ce que ce ne sont pas des racontars pour me faire marcher?)
qu'après, chaque fois que Lucette proposait une tasse à
Pierre, je disais « non, pas de café, il doit rester
avec moi et m'aider » mais je n'en ai aucun souvenir....
C'est rigoureusement exact! Je n'ai plus pu boire de café
à partir de 9h30. Pour un informaticien, c'est l'enfer! Les connaisseurs
apprécieront...
Plus tard, Lucette nous
propose de nous installer sur le lit, Pierre toujours derrière moi,
une main sur mon ventre et sa bouche contre mon oreille pour m'accompagner
dans les contractions. C'est vrai que cela fait du bien, ça repose
les jambes.... Je n'ai plus aucune notion du temps qui passe... je vis
les contractions une à une, en me concentrant sur le moment présent...
la contraction..; le repos.. la contraction... le repos de temps en temps,
un repos un peu plus long me laisse un peu de répit. Je sais
qu'à plusieurs reprises, nous plaisantons, on rit beaucoup. A
plusieurs reprises, je demande à Pierre si il tient bien le coup...
cela fait rire les sages-femmes qui me disent que c'est moi qui doit tenir
le coup.... « Oui, mais moi, j'ai pas le choix, Ulysse arrivera
de toute façon mais Pierre, il faut qu'il tienne ».
Les contractions se font tellement fortes que je n'arrive plus à
prendre Ulysse avec moi, j'ai peur de l'abandonner, alors Pierre s'en charge.
Une main sur mon ventre pour rester en contact avec Ulysse, il nous emmène
tous les trois dans cette immensité bleue.. je ne me souviens plus
de ce quil me soufflait à l'oreille, je me souviens juste que quand
je perdais pied, il me ramenait près d'eux, m'empêchait de me
perdre dans la douleur.
Lucette a tout préparé
: les vêtements pour Ulysse chauffent sur le radiateur, le tabouret
d'accouchement est prêt. Le col doit encore s'ouvrir.; il est à
8.5. J'encourage Ulysse à pousser avec sa tête afin de
l'ouvrir...
Là, Julie skippe au moins deux heures de travail sur le lit pour que le col s'efface
complètement... Les derniers centimètes furent d'ailleurs assez long a disparaître et elle
fit grand usage de serviettes imbibées d'eau chaudes qui lui ont soulagé le dos ... et m'ont
pas mal inondé puisque j'étais assis derrière elle ;-)
On s'installe sur le
tabouret, Pierre toujours derrière moi. Lors de la préparation
à l'accouchement, je n'ai pas eu la séance sur la poussée
, prévue le lundi 9. Au début, je n'y arrive pas bien,
je me fatigue inutilement.... C'est la phase de désespérance
me dit Lucette : le BB avance de 2 cm et recule d'1.... je redoute les contractions,
elles ne me laissent plus de répit. Heuresuement, un morceau
de ma conscience me répète inlassablement que les contractions
ne sont pas continues.. mais j'ai l'impression qu'entre deux, il s'écoule
à peine 3 secondes, juste le temps de reprendre mon souffle....
je pousse et je pousse ... Lucette me propose de toucher la tête
d'Ulysse qui commence à apparaître... un coup d'oeil dans
le miroir... je vois un petit bout de son crâne, tout noir de cheveux...
mais je m'épuise,
alors Lucette décide de me faire une piqûre de je ne sais
pas quoi qui doit renforcer la contraction, pour que je puisse pousser
plus efficacement... et une contraction plus loin, avant que le produit
n'ait eu le temps de faire effet, je ramasse jusqu'au fond de mes chaussettes
ce qu'il me reste de courage, de puissance et d'énergie et je pousse...
Ulysse est expulsé d'un seul coup, la tête, les épaules
et le reste du corps... elle me le met dans les bras.. c'est le plus beau
bébé du monde,
...c'est mon fils, ... notre fils...
Vous avez remarqué? Il y avait un noeud dans le cordon ombilical.
C'est un noeud simple, pas mal pour un bébé même pas
encore né! :-)
Ulysse a les yeux ouverts,
il regarde avidemment autour de lui, réagit à la voix de
Pierre qu'il connait déjà bien. Il ne pleure pas, crie pour
s'ouvrir les poumons et prendre sa première respiration... il sent
bon. Il est là et le monde tourne autrement.....
Cette aventure a été
intense et riche. Comme dit Pierre, c'est « la plus ».
Merci Pierre de m'avoir accompagné tout au long de ce moment,
de l'avoir vécu aussi profondément avec moi. Cela renforce
notre amour et notre complicité.
Nous avons eu l'accouchement
que nous avions rêvé et espéré. Toute ma gratitude
et mes remerciements vont à Lucette sans qui cela n'aurait sans
doute pas été possible.
Ce récit vous a plu, interpellé, ému?
Dites-le nous sur le Livre d'Or!

Vous pouvez aussi lire le récit de la Naissance de Mahaut, notre fille, le 1er mars 2004.
N'hésitez-pas à nous contacter pour toutes questions ou tous commentaires
(pour plus de sécurité, ne
modifiez pas le début du subject du mail :-) :
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